Les vitraux romans

La verrière la plus célèbre de Chartres est la Vierge romane disposée dans une fenêtre du déambulatoire sud. Peinte au milieu du XIIe siècle, elle a été placée là après l’incendie de 1194. Sa situation actuelle, près du sanctuaire, a sans doute été longuement mûrie selon la spiritualité qui fait de la Vierge la « Porte du ciel ». En 1906, le verrier Gaudin restaure les drapés de la robe de la Vierge et remplace sa tête. Il lui confère alors cette inclinaison qui lui donne une douceur peu conforme à l’époque romane, où l’on privilégiait, pour ces Majestés, une attitude strictement hiératique. Les artistes romans avaient choisi, pour cette Vierge monumentale, qui reprenait le motif de la statue reliquaire que Fulbert avait fait sculpter, un verre d’un bleu très pâle, éclairci de nombreuses bulles d’air, qui lui donne une luminosité céleste.

Les trois autres verrières romanes sont celles de la façade occidentale. Malgré les  restaurations qu’elles ont subies, elles sont un des témoignages majeurs du vitrail roman en France. On y retrouve les éléments caractéristiques de l’esthétique du milieu du XIIe siècle: structuration de la fenêtre en panneaux orthogonaux, larges bordures ornementales, fermeté des traits de peinture, expression simplifiée en gestes codifiés, attitudes hiératiques, verres épais… Elles sont consacrées au Christ, tout en convergeant, au sommet de la verrière centrale, sur une Majesté de la Vierge, autre réplique de la Vierge de Fulbert. Le bleu domine largement dans l’Arbre de Jesse, plus pâle, comme pour mieux décrire la promesse lointaine de la venue du Christ. La Passion au contraire est enflammée de teintes chaudes et denses, tandis qu’au centre la Vie du Christ concilie ces deux tendances chromatiques dans un équilibre très sûr. Le soir, la lumière chaude du soleil couchant réveille ces accords et permet aux couleurs de se charger d’une partie du discours spirituel.